8. Une lumière dans la nuit

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Tout se passa très vite: comme il s’y attendait, Peter sentit deux mains moites le saisir et l’entraîner dans l’eau, sans qu’il puisse opposer aucune résistance. Plus il s’enfonçait, moins il distinguait les récifs immergés. La sirène n’avait pas décollé sa bouche de la sienne. Ses soeurs la suivaient, attendant que Peter se noie gentiment. Alors qu’il commençait à suffoquer et croyait sa dernière heure arrivée, une traînée de poudre dorée traversa l’eau à toute vitesse pour aller frapper la sirène en pleine tête. Celle-ci lâcha Peter sous l’effet de la surprise, et profitant de l’occasion, il donna un coup de pied et se propulsa à la surface.

Il nagea aussi vite qu’il le pu jusqu’à la plage, et couru le plus loin possible du rivage.

Il était trempé ; Ses cheveux blonds et bouclés étaient collés sur son front. Sa coiffe de plume avait heureusement survécu à l’incident, ainsi que le contenu de sa poche.

Il était arrivé dans la forêt, au centre d’une clairière baignée par le clair de lune. Exténué, il s’assit sur un rocher qui se trouvait là, et attendit d’être calmé avant de remonter le cours des événements, car il avait eu la peur de sa vie. Il n’en parlait jamais, mais la plus grande crainte de Peter était le noir complet et le silence. C’est pour cela qu’il s’était tout de suite bien entendu avec Clochette. Elle était l’une des seules à l’éclairer lorsque la vie devenait sombre. D’ailleurs, en parlant de Clochette… Il avait nettement vu un trait doré frapper la sirène de plein fouet. Il se doutait bien que c’était elle qui l’avait aidé. Il espérait juste qu’elle l’avait suivie dans sa fuite.

_ Clochette, dit Peter d’une voix forte, mais étonnamment calme pour quelqu’un qui venait d’échapper à la noyade. Je sais que tu es là.

Il attendit un moment, puis une petite boule lumineuse sortit de derrière un tronc et voleta lentement jusqu’à lui.

Clochette avait les mains croisées derrières le dos, avec un air renfrogné qui lui était presque familier depuis que Peter était allé pour la première fois chez Wendy, ce qui était bien dommage car malgré sa taille minuscule, Clochette était belle lorsqu’elle souriait.

_ Merci de m’avoir aidé, dit le garçon doucement. J’ai eu peur, tu sais que je déteste le noir…

Clochette se détendit une fraction de seconde, puis se rappelant pourquoi elle était fâchée contre Peter, elle croisa les bras et lui tourna le dos.

_ Arrêtes, tu sais très bien que c’est aussi difficile pour moi.

Elle lui jeta un regard noir, ce qui devait signifier qu’elle n’était pas vraiment de son avis.

Après un instant de silence, Peter se dit qu’il ne servait plus à rien de nier l’évidence.

_ Je t’aime Clo’, mais pas comme Wendy. Tu as toujours été ma meilleure amie, tu as toujours été à mes côtés, on a vécu les mêmes aventures ensemble. Mais on est différents.  Je suis un garçon qui a refusé de grandir à un moment donné et qui s’est isolé sur une île imaginaire, où tout ce qui existe réagit comme je le veux et où rien n’évolue, où je resterais toujours un enfant sans jamais changer. Mais depuis que j’ai rencontré Wendy, non seulement j’ai redécouvert le monde réel, mais cette fille… Elle m’a bouleversé. Je n’ai jamais ressenti ça pour personne (je n’ai jamais rien ressentit du tout d’ailleurs). Ce monde ne me convient plus.

Une expression de tristesse profonde tordait les traits de la fée, et une larme minuscule roula sur sa joue. Peter sentant son coeur se serrer, essuya cette minuscule goutte d’eau et étouffa un sanglot.

_ Mais pourquoi cela voudrait-il dire que je ne veux plus de toi? Même si je pars d’ici, tu sais très bien que tu pourras venir me voir aussi souvent que tu veux. J’ai créé le pays imaginaire  depuis le monde réel. Même si on appartient à deux mondes différents, pourquoi est-ce que notre amitié devrait mourir comme ça?

Les larmes roulaient sur ses joues à présent.

_ Ça me déchire le coeur autant qu’à toi.

Clochette se pressa contre sa poitrine. Elle avait enfin compris que Peter était partagé entre le pays imaginaire et le monde réel, et que ses souvenirs d’ici ne terniraient jamais.

Elle avait enfin prit conscience que la situation n’était pas aussi désespérée qu’elle le croyait.

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